ô Amour... tu es notre Dieu !

19 août 2005

"Vous portez Dieu en vous ! Alléluia !"

21 septembre 1919

Alléluia ! chère Maman, louez Dieu ! Je le répète, si vous connaissiez tous les dons de Dieu - les dons non pas seulement promis, mais acquis - vous feriez dans votre vie de telles transformations, que la parole du Christ serait réalisée : "Le Royaume de Dieu est au dedans de vous".
Pour cela, rappelez-vous le cantique des anges à la naissance du Messie : "Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !". Tout est là ! Il faut la bonne volonté, la paix... un esprit paisible, et ouvert aux impulsions profondes qui viennent de l'âme. L'âme, (votre âme encore incarnée), garde un contact persistant avec l'Invisible ; si vous saviez entrer dans "le lieu secret" où se trouve Dieu, pour y prier, y méditer, votre vie matérielle serait puissamment influencée par la vie de votre âme, et celle-ci réagirait sur vos décisions, vos pensées, vos impulsions. Mais le Sanctuaire Saint où se trouve la véritable Hostie, l'Ostensoir vivant, le Temple transcendant qui est en vous, reste le plus souvent désert et portes closes. Vous y pénétrez les jours de grandes émotions, douloureuses ou joyeuses, mais vous devriez, selon le conseil du Maître : "entrer dans ce lieu consacré où se trouve votre Père, et lui apporter vos requêtes et vos louanges". Votre corps est un temple et l'Esprit de Dieu habite en vous. Les premiers disciples du Christ vous l'enseignaient déjà, alors que manquait à leur foi le recul et la force des expériences séculaires. Pénétrez-vous bien de cette pensée anoblissante et fortifiante. Vous portez Dieu en vous ! Alléluia ! Alléluia !
Comment prendrez-vous conscience de Dieu en vous ? Dans l'amour ! Je m'explique : l'acte de charité fraternelle peut être spontané, presque inconscient. Si vous n'en cherchez point la racine vivante, pour entretenir la vie dans votre élan, il ressemblera à la fleur embaumée, qui s'épanouit et meurt parce qu'elle n'a pas de racines ; mais si vous cueillez les fleurs, nées sur la plante immortelle que Dieu a déposée dans votre être, la gerbe répandra ses semences fécondes, qui prolongeront votre effort au-delà de lui-même.
Votre être, chère Maman, serait-il donc l'agglomération temporelle de cellules vivantes et destinées à la dissociation par la mort ? Elles ne périront pas puisque rien de ce qui contient le souffle de la vie, étincelles venues de Dieu, ne peut mourir - sinon les fils de perdition - mais, reformées ailleurs, dans une autre union, également passagère, ces cellules vibrantes n'étaient pas votre être.
A la rigueur, vous pourriez admettre avec le naturaliste sceptique, l'auto-création de la matière. Toutefois, ce qui constitue votre être, vous en avez le sentiment presque malgré votre volonté intellectuelle, ne peut pas se créer soi-même ; cette "émotion vivante" a une cause extrinsèque. Je dirais avec vos philosophes, que la perception lumineuse ou obscure d'un hôte supérieur à vous-mêmes, dont vous êtes obligés de reconnaître la présence, est une des preuves de l'existence de Dieu : l'imparfait ne pouvant avoir l'intuition du parfait si le parfait n'était pas ; hors le parfait, s'il est, ne peut être que Dieu. J'irai pourtant plus loin encore : cette logique qui prouve Dieu, apporte en même temps la preuve de la filialité divine de l'homme. Si l'être de l'homme était uniquement matériel... cette matière n'arriverait point à concevoir l'immatériel, l'imperfection constitutive ne pourrait pas concevoir la perfection essentielle. Il est donc prouvé que l'homme porte en lui la "cellule spirituelle" qui lui permet d'avoir la perception de la spiritualité intrinsèque. En effet, il est impossible, à l'imparfait de se représenter le parfait, même intuitivement, si cet imparfait l'est suffisamment, pour obstruer toute vision, même lointaine, du parfait, et c'est le germe perfectible, par conséquent déjà né, du parfait. Cela c'est le divin dans la matière, c'est la semence de Dieu destinée à mûrir ou à végéter, selon la volonté de la liberté humaine. La semence de Dieu est immortelle aussi longtemps que l'opposition libre de l'homme ne l'a pas détruite volontairement.
Tout homme porte donc en lui, dans le Sanctuaire secret qui constitue le "sacro-saint" du Temple qui est son corps, l'Hostie vivante : Dieu ! ... Hors, Dieu est Amour.
Le frémissement que vous éprouvez lorsque vous entrez dans ce sanctuaire de votre âme, vient de ce que vous vous trouvez en présence de Dieu... et non plus seulement de vous-mêmes. Le "sacrificateur", (c'est-à-dire votre être pensant) traverse le Lieu saint du Temple avant de pénétrer dans le Lieu-très-Saint où se trouve Dieu seul. Dans ce Lieu-Saint vous vous rencontrerez avec vous-mêmes, avec toutes les formes objectives nées de vos pensées et de vos actes. Vous les regarderez, pleins d'horreur ou de joie : ce sont vos filles ! Mais, après cette contemplation qui doit être fructueuse pour votre âme, pénétrez dans le Lieu-très-Saint qui est en vous... vous vous trouverez devant Dieu : l'Amour ! - Christ : l'Amour ! - et l'Amour encore : l'Esprit, la Trinité impérissable qui est l'unité par son essence : l'Amour, Dieu, unique, indivisible puisqu'on ne peut diviser l'Amour. Si vous vouliez partager l'Amour, chacun des fragments de cet Amour serait lui-même Amour ; donc la rupture de l'unité ne serait qu'apparente (matérielle puis-je dire) mais l'essence spirituelle contenue dans chaque partie resterait identique à soi-même et la division serait non existante en réalité. Vous ne séparerez pas la Trinité qui s'est constituée de par la volonté de Dieu, pour Le rendre accessible à l'homme borné, mais qui malgré tout reste une. L'Amour "distribué" à l'humanité est unique : il n'y a qu'un seul Amour transcendant et parfait : Dieu.

Lettres de Pierre / Tome II / Pages 58-60