ô Amour... tu es notre Dieu !

19 août 2005

Responsabilité du chrétien.

2 février 1919

Chère Maman,

Si vous regardiez profondément en vous-mêmes, que de problèmes seraient résolus, que de mystères éclaircis, que de doutes dissipés ! L'indifférence a souvent succédé à l'hostilité religieuse dans la race humaine, hélas ! si éloignée de son Dieu ; vous ne vous donnez pas même la peine de chercher à acquérir la science qui, cependant est en réalité, la seule importante, puisqu'elle seule contient les promesses de la vie à venir.
Nous passons sur la Terre quelques fugitives années, et dans notre légèreté inconcevable, nous mettons sur le premier plan tout ce qui est intemporel, destructible, inutile au voyageur, dont le voyage est une courte, très courte étape de sa vie spirituelle... Quelle folie !
Nous nous pressons autour de vous, chère Maman, nous tous qui avons enfin compris la vanité de notre conception des choses. Malgré les avertissements solennels donnés par Jésus-Christ à l'humanité, malgré les appels nombreux et constants des envoyés du Père, l'homme continue, indifférent et sceptique, sa recherche des biens, des joies, des sciences qui sont appelées fatalement à disparaître avec le monde matériel.
Vous-mêmes, ô chrétiens ! quel exemple de mollesse vous donnez à vos frères ! hésitants, timides, inconséquents, pour ne pas dire lâches ! l'exemple de votre vie inutile et frivole, sinon réellement coupable, décourage toute tentative de l'âme sincère, bien qu'aveugle encore, pour arracher de ses yeux spirituels le voile qui lui cache la vérité. Pourquoi ? C'est que vous-mêmes, vous restez dans une pénombre sans beauté, sans efficace ; comment pourrez-vous instruire un chercheur, qui aspire secrètement à la révélation capable de lui montrer la valeur incontestable des affirmations chrétiennes ? Vous ne savez pas, vous, ce que vous croyez, pourquoi vous le croyez, ni le résultat que cette foi devrait apporter, comme force efficiente, à la vie de celui qui se réclame du nom de son Sauveur ! Il arrive ainsi que rien ne ressemble plus à l'existence d'un athée, d'un incroyant honnête homme, que celle du chrétien, élevé dans un milieu évolutionniste, civilisé comme le premier, et que rien ne distingue de celui-ci. Est-ce la faute des croyances du chrétien, si, en pratique, sa vie ne l'élève pas au-dessus des conceptions morales de l'homme abandonné à ces instincts personnels ? Vous devez reconnaître que si cette égalité est souvent indiscutable, c'est uniquement parce que le disciple du Dieu d'amour n'est pas digne de son Maître. L'âme incroyante est naturellement ce qu'elle est, car l'homme, après des siècles de développement imprégné de christianisme, apporte un vêtement emprunté dont il n'a pas conscience. Il n'en est pas moins vrai que l'âme chrétienne, dont la foi devrait être basée sur une intelligence avertie par la science de l'amour unique et révélé, n'a pas le droit d'être pareille à l'âme sans certitude, et livrée à ses propres forces. Ce n'est pas cette dernière qui est fautive, mais bien l'âme qui a reconnu en Christ "le Chemin, la Vérité et la Vie !". Nous permettrions-nous alors de juger les âmes de nos frères ? Quelle présomption ! Pour ce qui concerne le jugement final, Dieu le prononcera en Christ, un jour que tous ignorent même le Fils, puisque seul le Père le connaît".(1)
Il y a toutefois pour le chrétien, un devoir évident celui de planer très haut, bien au-dessus de son frère sans religion, dont Dieu seul est le juge, car Dieu seul sait si l'homme qui renie son âme, a des excuses.
Oui, chère Maman, pour vous qui êtes éclairés, instruits, animés par l'amour sans égal de votre Dieu, demeurer dans la tiédeur et la médiocrité, est une honte, un scandale.
Parmi ceux qui refusent la foi, ou se refusent à vivre sous le joug "léger" dont parle Jésus, il y a plusieurs catégories : les "ignorants par la force des choses" ; les sceptiques, parce que seul le travail intellectuel a présidé à la recherche des convictions qui les laissaient neutres ; les révoltés, qui ont perdu la foi après avoir découvert que le croyant, loin d'être moins exposé que tout homme aux épreuves de la vie, y est au contraire soumis avec une rigueur dont il se scandalise. Les premiers sont réservés évidemment pour une éducation subséquente (le plus souvent supraterrestre) ; les derniers sont entourés de l'amour infini d'un Père, dont la patience n'est pas calculable pour notre amour encore trop loin du sien. Nous devons tous prier pour ces âmes, vous sur la terre, et nous tous, ici, dans le pays lumineux qui est devenu notre Patrie.
Mais les seconds, chère Maman... ceux qui renoncent à chercher, sont coupables. Je ne dis pas que Dieu les repoussera... loin de moi une pensée aussi pleine d'outrecuidance et qui serait criminelle ! Nous comprenons en arrivant ici, qu'à Dieu seul (comprends-moi bien, Maman chérie) appartient le jugement. Pourtant ces hommes sont coupables, car la science ineffable qui fait la force de tant d'âmes, est accessible puisque atteinte par d'autres ; donc, elle doit faire l'objet d'inlassables recherches, d'incessantes études. Si les hommes qui ne sont pas arrivés à la foi, lumière de ceux que vous appelés des "saints" (un Augustin par exemple), abandonne ce travail dont l'importance est capitale, ils sont responsables de leur incrédulité, par conséquent coupables. Il est possible que leur cerveau, encombré par des formules déprédatrices de la richesse spirituelle acquise, obscurci par une science temporelle exigeante et attirante, ne les laisse plus capable de s'émouvoir et de réaliser leur misère morale. Ils se sentent maîtres de l'intelligence humaine ; ils croient avoir trouvé, dans les études matérialisées, si je puis dire, la nourriture indispensable à la science de vivre ; ils ne voient pas, en leur orgueil inconcevable, que cette science est appelée à mourir en même temps que la Terre, tandis que la seule science qui sera immortelle, est celle qui franchit la mort des corps, pour se plonger dans la profondeur émouvante d'un monde qui n'aura point de fin.
S'ils ignorent cette prédominance de la science de l'esprit sur la science de l'intelligence, il est possible d'admettre leur indifférence quant à ces questions, si vitales cependant. Mais il en est qui ont effleuré ces sujets avec une sorte de curiosité philosophico-religieuse et, sans avoir cherché à y découvrir le Pain de vie, dont tant de leurs semblables font l'aliment des âmes, ils portent ailleurs leurs efforts... insensés ! oui insensés !
Chère Maman, je te répète, la faute et la responsabilité d'une telle folie, sont dues tout entière aux disciples du Christ. Il devrait être impossible d'établir un parallèle quelconque entre la personnalité d'un frère éclairé du Parfait Amour avec celle du frère aveugle, pauvre, nu. Le chrétien sait où il va, il en sait le Chemin ; celui qui vit sans croyance, s'achemine vers le néant et s'y dirige de son mieux avec un instinct de "propreté" irraisonnée de l'âme, qui le sauve parfois de grosses chutes, et lui fait pressentir l'amour sans égoïsme. C'est tout !
Plaignez-le de devoir affronter les épreuves tragiques ou accablantes de la vie, sans lumière, sans nourriture, sans viatique ! S'il est coupable d'indifférence, vous êtes responsables de sa culpabilité ! "Dieu demandera compte de l'âme de l'homme à l'homme qui est son frère".(2)

Ton petit Pierre.

(1) Mat., XXIV, 36.
(2) Genèse, IX, 5.
Lettres de Pierre, Tome I, p. 206-209
Mots clés : le chrétien, responsabilité du chrétien