ô Amour... tu es notre Dieu !

31 août 2005

Comme un secret, comme une flamme (Extraits)

15 décembre 1957

Man, les premières rencontres avec sa propre âme sont aussi fugitives que des apparitions de feux-follets. A la crête de soi-même, parfois, on se trouve face à face avec elle mais, tout de suite, elle s'effraie et s'enfuit. Pourtant, aux heures de profonde solitude, la nostalgie de son souvenir revient, mélodieux comme le chant délicat d'un rossignol. Lorsque l'on écoute son âme avec ferveur, c'est au fond de soi comme le développement d'une sonate, et bientôt de tout un orchestre.
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17 décembre 1957
Noël, La Rocheville,
Rien... Rien... Abandon... Solitude.

Tout ce qui est en ce monde humain doit t'apparaître de plus en plus futile. Momentanément, que ta principale joie soit de travailler à te libérer des hommes ! A partir d'aujourd'hui, ne cherche qu'à disparaître. Celui qui tente de se faire remarquer risque de perdre.
Man, les grands mystiques finissent par avoir une très violente honte des phénomènes dits supranormaux, dont ils sont victimes. Pourquoi, alors, tous ou à peu près, les ont-ils subits ? Ici, il faudrait dire qu'à partir d'une certaine qualité de psychisme, ces manifestations n'ont plus rien d'anormal. Le papillon pourrait-il s'empêcher de voler, l'abeille de repérer, à des kilomètres, la goutte de nectar cachée au fond d'un calice ? La sensibilité des mystiques est telle qu'ils se trouvent projetés dans un univers hors des trois dimensions. Voilà pourquoi ces concrétisations sont inséparables de leur vie : presque tous y on été soumis. D'accord avec l'Eglise, ils qualifient d'inférieures ces manifestations et, très vite, ils sont entraînés à les dépasser.
Malgré eux, leur conscience, qui s'est haussée jusqu'à l'infini de l'extase, atterrit dans un champ de perceptions complémentaires. En résumé, il faut dire qu'ils sont pourvus d'une physiologie à double dimension.
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20 février 1957,
Il est très dangereux de subir les ambiances... Je m'explique : il existe un climat inférieur créé par des forces collectives. Les courants d'opinions suscités par la presse, la radio, la littérature, cherchent, la plupart du temps, à séduire les masses en les entraînant dans la voie fatale de la facilité. Or, la facilité est ce qui décompose le plus un certain potentiel énergétique de qualité. L'influence de ce climat collectif forme une symbiose qui dévide dans l'invisible une sorte d'hypnose. L'hypnose du climat collectif est un des corrosifs les plus puissants qui puisse agir sur le psychisme.
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9 mars 1957,
L'âge impose des ralentissements qui font que le coeur et l'intelligence se dénouent de tous les désirs. Saluez ce répit comme l'avènement d'un autre monde qui pénètre en vous. Ainsi, sevrés de l'activité humaine, vous avez tout le temps de vous recueillir.
Acceptez d'être diminués, acceptez de rester en marge d'un univers qui déjà n'est plus le vôtre. Tournez vos yeux vers le Christ, ces yeux dont la force de perception diminue. Le visible s'estompe, des morceaux de votre existence s'envelissent dans les prémisses de la mort, votre mémoire faiblit. L'oeuvre de destruction commence son travail. Offrez au Christ l'ultime souffrance de vous amenuiser au point de n'être plus qu'un peu de matière qui se désagrège. Dernière palpitation qui se joue à la surface de la terre, avant d'entrer en elle pour s'y confondre totalement.
Allongés sur vos lits de pénitents, quel péché expiez-vous ? Est-ce le vôtre propre ? Ou bien celui de tout un ensemble de fautes qui pèse trop lourd dans les mains du Créateur ?
Comme s'il n'y avait qu'un poids égal de bonheur et de douleur à distribuer en ce monde, faut-il donc que les innocents payent pour les coupables ?
Est-ce à cause de ceux qui ont trop de joie, plus de joie que la part à laquelle ils ont droit, qu'il faut que cette sainte femme, qui a toujours vécu dans l'âpre devoir, finisse ses jours dans les souffrances les plus cruelles et les plus humiliantes ?
Au moment où vous allez basculer dans le vide, qui peut vous aider sinon Dieu ?
Pour vous, le mystère reste là tout entier. Si vous aviez mieux pénétré l'enseignement des lois qui sont enfermées dans la révélation divine, vous seriez éclairés sur le sens de la vie et de la mort, et les retombées d'injustice dont semblent victimes certaines créatures s'expliqueraient, car toutes les énergies et les pertes d'énergie, ainsi que la souffrance, font partie intégrale d'un ensemble de coordonnées dont l'ampleur se répercute dans l'équilibre universel.
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15 mars 1958,
Le tourment de ceux qui prennent comme modèle le Christ, est de mourir sans avoir pu trouver le mode d'existence qui s'apparente à leur vision intérieure.
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Comme un secret, comme une flamms / Roland et Marcelle de Jouvenel / Editions Fernand Lanore